
Samedi après-midi, la galerie Si-Jean accueillait une exposition
originale : le vernissage de l'exposition de Maud Peauït.
A regarder ses couvres, il est difficile de croire qu'elle a commencé
sa carrière en choisissant de peindre des paysages bretons.
Maud Peauït commence la peinture en 1944. Jusqu'en 1950, elle se
consacre à la peinture non objective.
A partir de 1958, elle va créer des modèles de couture
pour des boutiques de Lyon et de Paris. Elle tisse et décore
en utilisant des fibres nouvelles. Elle ne reprendra une activité
picturale qu'en 1980, privilégiant l'abstraction géométrique
à travers la peinture, le collage et la tapisserie, notamment
avec Pierre Daquin. Elle s'intéressera particulièrement
aux collages de fibres diverses, recouvrant une surface entière
ou disposée sur un fond de peinture. C'est à cette
époque qu'elle débute ses variations sur le carré
et le cercle par l'utilisation de « noirs » de différentes
matières.
En 1986, elle abandonne définitivement ses structures textiles
par volumes pour se consacrer exclusivement à la peinture.
Maud Peauït a fait de la phrase de Paul Valéry : «
La liberlé naît de la plus grande rigueur » sa devise.
S'appuyer sur la rigueur est pour elle essentiel pour oeuvrer librement.
Depuis toujours, les schémas géométriques
de composition hantent les peintres. Les combinaisons possibles entre
la ligne, le carré et le cercle offrent des champs d'action Inépuisables.
La pensée mathématique régit l'oeuvre. de nombre
de créateurs, elle reste liée à la recherche du
beau et de la perfection.
Maud Peauït recherche les rapports harmonieux entre les formes
et leur situation. Elle a une passion pour la peinture construite et
concrète. Il faut atteindre la perfection. Un écart d'un
demi-millimètre, Invisible pour l'exil du spectateur, devient
le cauchemar du créateur.
Elle joue sur les rapports harmoniques dérivés de la série
de Fibonacci parce qu'elle est exprimée en nombres entiers. L'importance
des champs offerts au vide dans ses oeuvres est essentielle, il
y a une place prépondérante à l'espace. Maud Peauït
veut respirer de l'étendue comme on le fait devant le ciel et
la mer quand ils se confondent. Elle privilégie le noir car c'est
la couleur de l'espoir, mais l'utilisation du rouge et du bleu permet
des variantes dans l'harmonie.
Certains trouveront peut-être cette peinture incompréhensible,
mais mieux vaut sans doute se laisser porter plutôt que de tenter
de comprendre. Maud Peauït reste dans la ligne de Mondrian
et Malevitch. Il y a une réelle charge poétique diffusée
parses peintures contemplatives dans la disposition des formes et l'intensité
des nuances.
Maud Peauït compose autour d'un thème et joue d'une couleur
comme d'un instrument, elle jongle avec la lumière.
L'exposition est à découvrir du 10 octobre au 6 novembre.

Maud Peauït avait réalisé auparavant un étrange et fascinant travail autour d'un texte de Paul Valéry: "I palinos ".où les mots faisaient naître des correspondances en images. En voici quelques passages...
"Les plus sages et les mieux inspirés des hommes veulent
donner à leur pensée une harmonie et une cadence qui les
défendent des altérations de l'oubli"
"C'est que, parmi les paroles, sont les nombres, qui sont les paroles
les plus simples"
"La plus grande liber naît de la plus grande rigueur"

Décliner l'art abstrait au féminin est une
gageure, même en cette fin de second millénaire. Pourtant,
ce défi, Alexandre de la Salle le lança en 1993, lors
de l'exposition "Entre femmes seules" où il réunit
une dizaine de peintres et sculpteurs.
Trois grands noms de l'abstraction géométrique figuraient
dans ce collectif. Marcelle Cahn, décédée en 1981,
Anna Béothy, et Aurélie Nemours, dont la notoriété,
aujourd'hui, dépasse les frontières.
Les autres artistes, Brondello, Edmé, Garibbo, Jani, Kaiser,
Nivèse et Peauït ne manquèrent pas d'être fières
de participer à cette manifestation d'art créé,
pensé, et ressenti par des femmes.
Le très beau texte de Avida Ripolin, publié en préface
de cette exposition, nous parle des cheminements de la création
dans le mental de l'être humain, et notamment chez la femme, oit
création tient un rôle non plus de provocation mais de
construction. C'est la "Révolution par l'oeuvre".
(Maud Peauït)
D'instinct Maud prend du fil, ce sont ses mains qui pensent,
elle doit aller à l'image-clé, un fil de chaîne
prenant forme, pattern suffisant pour faire cheminer le matériau
fondamental, et les mains font un carré, un rond. Tout s'enchaîne.
A Tahiti, elle marie fil. soie, laine, et peinture, retrouvée,
et délectable, y intègre de la soupe de corail... Puis
l'esprit du textile transmute, on peut dire que Maud crée le
brocart géométrique. "J'ai d'abord fait des petits
carrés posés par-ci par-là, tout ça selon
Fibonacci, et puis un tableau tout noir avec une petite ligne au milieu,
et ça m'a beaucoup plu. et j'ai commencé à fileter
sérieusement, je ne peux pas exclure la sensualité, j'aime
beaucoup Soulages..." La rigueur, oui, mais avec tout ce qui chante
dessous, demande à vivre, cherche à submerger, avec cette
mer primate, plate mais vivante, dit-elle, un monde qui attend et qu'elle
n'aura jamais assez de temps pour inventorier, elle se souvient du Cap
Sounion, de son ciel presque blanc, et de sa mer...
(Avida Ripolin)
Le noir, décidément! Lieu lointain d'où tout semble
s'originer, le noir, et. sur lui, le travail sensible du graphite, de
ses variations. de ses subtilités, de ses lumières captives.
Le noir donc pour dire, peut-être, l'ailleurs fécondant.
Mais le rouge, les rouges qui ensanglantent d'autres toiles, comme des
autels sacrificiels, où un autre temps s'origine, où une
autre couleur vient irriguer le noir. Du carré au triangle, elle
convie les forces souterraines qui, autrement ne peuvent s'exprimer,
les domine, et les met au service des dieux architectes.
(Alexandre de la Salle, 1999)

Nelly Beau accueille Maud Peauït.
Nelly Beau a accroché sur la cimaise de la Galerie saint-Jean
une quinzaine de toiles récentes de Maud Peauit qui se recommandent
par leur exceptionnelle unité de facture. Ce sont des figures
strictement géométriques, carrés, triangles, rectangles,
les unes réalisées dans des camaïeux de rouges lumineux,
les autres dans des noirs profonds rehaussés parfois d'une touche
de vermillon qui contribue à accentuer l'éclat de l'oeuvre.
Ces tableaux très dépouillés, qui valorisent la
couleurs et se détournent d'un langage plastique visant le plus
souvent à décri-
re dans une oeuvre la simple perception de la réalité,
disent la préoccupation de Maud Peauït d'opter pour
un vocabulaire extrêmement simplifié, en l'occurrence des
lignes rigoureusement parallèles, aboutissant à des
structures qui tendent à nier les éléments pour
ne poser que la qualité vibratoire de la couleur. Il ne s'agit
pas là ni de collages ni de toute autre forme d'écriture
utilisée par tel ou tel plasticien, mais de la peinture en tant
que telle, appliquée tout simplement au pinceau. Coloriste subtile
et dessinatrice habile, Maud Peauit, après s'être
exercée naguère au figuratif, « comme tout le monde
, dit-elle, puis abordé la peinture abstraite avec des marines
dans lesquelles on notait déjà la présence de formes
géométriques, a finalement adopté cette formule
linéaire qui témoigne de la plus grande volonté
d'organisation dans la mise en page et l'équilibre du chromatisme.
A découvrir jusqu'au 6 novembre à la Galerie Saint-Jean.
(78 bis, rue Urbain-IV, près de l'église Saint-Jean. Mardi,
jeudi, vendredi et samedi : 14h 30 à 19 h. Dimanche . 16 h à
19 h).

Maud Peauït n'expose pas comme on vend des petits pains. C'est
la raison pour laquelle son oeuvre ne sera pas présentée
dans les galeries de Papeete. En effet cette artiste ne réalise
pas plus d'une trentaine de toiles par an, non pas qu'elle "tricote
des nouilles" le reste du temps mais parce qu'elle travaille "dans
et avec" le temps: celui de l'introspection, de la méditation,
celui qui vous amène à porter un regard de plus en plus
aigu, de plus en plus précis sur le monde qui vous entoure. Il
faut pour cela parvenir au silence et d'abord tenter d'égrener
les heures remplies d'idées en cavale sous le crâne de
l'homme moderne, les laisser s'échapper, se disperser et disparaître.
Quelquefois. la Polynésie peut permettre cela mais non sans effort
malgré tout. non sans travail comme risqueraient de l'affirmer
les imbéciles, aveuglés, et qui pourtant n'hésitent
pas à dire qu'ils peuvent en faire de même. Pour Maud Peauït,
il a fallu laisser filer la corde de la pensée, se dévider
la pelote de fil de la couturière avant de pouvoir percevoir
la nature et la roche basaltique de Tahiti, avant de parvenir à
s'en emparer dans ses toiles.
C'est au cours de l'année
1991 qu'elle fait la découverte du "gris", à
l'occasion d'une promenade sur la plage de la Pointe Vénus, et
c'est à partir du sable noir polynésien qu'elle travaille
désormais à ses compositions géomtriques.
Peu d'années auparavant, elle avait déjà exploré
cette couleur absente, le blanc. le rouge et quelquefois le jaune ou
même le bleu, mais son noir s'étoffe à présent
de l'expérience visuelle, sensuele, intime et qui prévaut
sur l'expérience intellectuelle. Le noir gagne ainsi en profondeur,
en paillettes de lumière grâce à une technique parfaitement
maîtrisée et l'on ne saurait trop insister sur la beauté
de la matière dans l'oeuvre de Maud Peauït. Car c'est elle
qui peut-être témoigne le plus clairement en faveur de
l'intelligence de cette quête, menée

par le peintre avec une opiniâtreté qui elle aussi surprend.
Son langage est géométrique, sous-tendu par des règles
mathématiques; son sens n'est donc pas nécessairement
perceptible lors d'une première approche. Mais pourtant il existe
et de cela nous pouvons témoigner sans pour autant céder
à votre désir d'en apprendre plus. Nous pourrions par
exemple vous dire que "les plus sages et lesmieux inspirés
des hommes veulent donner à leur pensée une harmonie et
une cadence qui les défendent des altérations de
l'oubli".
Pourvu que les mots n'enferment ou ne tuent votre capacité
à rêver et à voir ... le temple d'Apollon à
Bassae, El Castillo de Chichen Itza, un détail de motif marquisien...
Mais si d'aventure, vous y découvriez une grille de four ou une
empreinte de moule à gaufre, inquiétez-vous pauvreté
de votre imagination qui faute d'être trop bien nourrie, ne sait
plus travailler. Ou bien optez pour les collages résolument ludiques
et qui peut-être ouvriront des fenêtres depuis longtemp
fermées.
Maud Peauït exposerera, mairie de Punaauia du du 1 au 3 février
1994.
Avis à la population.
Le Pays Roannais
22 semptembre 1994

LES sélections plastiques, graphiques et picturales de l'Archipel
sur le Lac n'ont pas habitué le public à l'uniformité,
mais depuis quelque sept étés que la belle grange des
- Charnières - abrite des expositions, elles n'avaient encore
guère prospecté dans les filons du conceptuel, du minimal
ou de l'abstraction géométrique. Tout comme l'an dernier,
l'Archipel avait consacré ses mois de juillet et août à
un ensemble cohérent – à savoir les gravures d'une
collection particulière –, il accueille cette année
un groupe de peintres et sculpteur-, qui partagent une même démarche
artistique, fondée sur l'utilisation d'un vocabulaire formel
ramené à l'essentiel et rejetant tout à la fois
la représentation et l'anecdote. Quant à l'aspect décoratif,
s'il est absent des préoccupations des artistes, il peut malgré
tout naître du regard du spectateur et de la mise en situation
de l'œuvre. Après tout, une œuvre est telle que l'a
voulue son créateur, mais bien autant sinon plus ce qu'en fait
celui qui la reçoit.
La dizaine d'artistes (sept peintres, deux sculpteurs) que propose de
découvrir l'Archipel ont tous exposé à la galerie
Saint-Charles-de-Rose, à Paris, qui s'emploie à promouvoir
cette tendance. A cette brochette de talents pas tous inconnus
par ici, puisque Frank Fay par exemple a déjà accroché
ses toiles à Saint-Martin en 1991, s'est joint un régional
de l'étape, l'Ambierlois P. Roche-Ponthus. Il apparaît
d'ailleurs comme le plus radical de tous, avec ses surfaces blanches
portant une simple ligne ; «la surface prend sens par elle-même,
explique-t-il, la ligne est déliée du contour, l'œuvre
se multiplie ». Le discours prime donc sur le produit, mais par
38' à l'ombre, est-ce bien raisonnable ? Pour cette fois, lesneurones
abdiquent en se promettant d'y penser plus tard, à la fraîche.
L émolliente
L émolliente ambiance estivale ne justifie cependant pas une
totale paresse intellectuelle, qui amènerait à croire
hâtivement que ces artistes explorent tous la même voie
et disent la même chose – de la même manière
qu'une oreille hostile ou simplement indifférente est prompte
à estimer que la musique de Berio ressemble à celle de
Stockhausen, c'est-à-dire à pas grand-chose sur l'échelle
des académismes. Sans doute il existe entre eux des convergences,
puisqu'on leur accole une même étiquette d' " art
construit " (parce qu'il ne l'est pas. ailleurs ? ... ). Leur art.
d'une approche souvent austère, met en valeur le squelette
plutôt que la chair, recherche l'énergie de la couleur
pure. Un art épris d'absolu, élaboré dans une extrême
économie de moyens et de matière ; paradoxalement, une
forme d'art qui inspire aux critiques intellocrates les plus amphigouriques
dissertations.
La tête au carré
Rigoureux jusqu'à l'ascèse, il se donne des règles
strictes, vise l'essentiel et l'exactitude, celle de la géométrie
et de la mathématique. Le carré a été adopté
par la plupart des peintres, forme simple et pure, élément
de base de leur vocabulaire, porteur d'une seule couleur : à
l'observer de plus près toutefois, on remarquera que Walter Strack
y laisse se discerner des bandes horizontales, voire le grain du
support, et aussi des froissements. Quelques atomes de geste et de sensualité
dans un univers très cérébral. Les peintures jouent
fréquemment sur le déplacement, le décalage
d'une forme ; certaines fonctions rient sur des progressions arithmétiques,
des séries, des répétitions – comme le dit
ailleurs Nene Donatelli, qui expose dans un tout autre registre à
Charlieu « Répétez un motif, il devient beau »
–. C'est « le charme de la force », comme le titrait
l'an dernier le Frankfurter Allegemeine Zeiturig à l'occasion
d'une exposition à Reutlingen à laquelle participait
Daniel de Spirt, un des hôtes actuels de l'Archipel.
A une exception près, chaque artiste présente ici cinq
œuvres. La petite salle abrite une série chromatique de
Guy de Lussigny, qui se définit comme un « conciliateur
entre la pensée et le concret ». Avec lui, et se poursuivant
dans la deuxième salle, le travail très architecturé
d'Ode Bertrand. L'espace central permet Aussi de revoir Frank Fay, passé
de l'abstrait lyrique au géométrique, face à Maud
Peauit, qui parviendrait presque à rendre le carré
poétique. La sélection de Frank Fay révèle
une certaine richesse ; le peintre ne veut pas se satisfaire d'un procédé,
et tente dans chaque œuvre de se renouveler. Maud Peauit utilise
les couleurs charbonneuses, gris et noirs, ponctuées de
rouge ; elle élabore de rigoureuses progressions, qui laissent
une sensation de musicalité : pas de sentiment, mais une expression
empreinte de spiritualité. Quant à Claude Pasquier, il
s'en tient aux trois couleurs primaires, déclinées sur
fond noir en rectangles de toutes proportions, jusque sur la tranche
du tableau. Le noir a ici une attribution de révélateur
de la couleur ». Ira Bernardini, enfin, se rapproche du constructivisme,
utilise des formes moins abruptes pour des œuvres quasi ludiques.
Avec les sculpteurs (Joël Froment, Daniel de Spirt), on élève
le regard, puis on explore l'espace : œuvres totémiques
en bois et acrylique du premier, altuglas du second (« à
matériaux nouveaux, concepts autres ») jouant sur la lumière,
la réfraction, les transparences, ces objets semblent familiers,
d'abord simple et spontané. Parce que, habitués à
la prépondérance de la fonction décorative de la
sculpture dans l'univers quotidien, on oublie un peu le sens que portent
ces œuvres. Cela va sans doute à l'encontre du but visé
par les artistes, mais c'est humain...
F. B.
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